mercredi 23 mai 2018

Rêverie calendaire #259









Le 23 mai 1901, suite à une lettre anonyme reçue la veille par les autorités, une perquisition fait entrer, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, un peu d’air frais et de lumière dans la chambre de Blanche Monnier, cadavérique sur un grabat encroûté d’excréments et grouillant de vermine, laquelle — Blanche, pas la vermine — sera bientôt connue sous le surnom parlant de Séquestrée de Poitiers, André Gide fera son portrait ; anorexique et coprophile, elle a alors 52 ans, vivait sous la bonne garde d'un frère et d'une maman. 

Six ans plus tard, comblant un vide, naît à Paris Ginette Mathiot, auteur en 1932 de Je sais cuisiner — longtemps la meilleure vente de l’édition française.




mardi 22 mai 2018

Rêverie calendaire #258









Le 22 mai 1879, alors qu’Arthur Conan Doyle, étudiant en médecine, fête ses 20 ans — un an plus tard et pour une année, en tant qu’officier de santé, il accompagne un baleinier jusqu’aux îles Féroé, organisant à bord des tournois de boxe quand il ne tombe pas à la mer, ce qu’il fait à quatre reprises et lui vaut le surnom moqueur de « Grand Plongeur du Nord », il faut attendre encore six ans pour qu’il imagine Sherlock Holmes — naît à Brest, où il mourra, le contre-amiral et musicien Jean Cras, héroïque et brillant officier, bel homme au regard bleu glacier, que son piano suivit sur toutes les mers du monde — il lui dédia de séduisants « poèmes intimes » — et dont il sut tirer, entre autres, un Journal de bord pour orchestre et, tour à tour « pures », « naïves » et « mystérieuses », des Âmes d’enfants.




lundi 21 mai 2018

Rêverie calendaire #257






Le 21 mai voit fleurir, à cinq siècles de distance, deux visions de l’Apocalypse — on gagne en réalisme ce que l’on perd en poésie : naissent Dürer et Jeffrey Dahmer, « Le Cannibale du Milwaukee ». 

(Il marque aussi, ce n’est pas mal non plus, le commencement de la Semaine Sanglante, en 1871, qui solde la Commune de Paris.)



dimanche 20 mai 2018

Rêverie calendaire #256







Le 20 mai découvre un territoire entièrement fictionnel : naissent Christophe Colomb et Balzac. 

(En 1896, tandis que meurt Clara Schumann, le contrepoids d’un lustre du Palais Garnier se décroche, pendant une représentation de Faust, et tue une spectatrice.)





samedi 19 mai 2018

Rêverie calendaire #255



Frederic Edwin Church, El Khasne, 1874








Le 19 mai 363, « à la neuvième heure de la nuit », un tremblement de terre ravage une bonne moitié de l’antique Pétra, qui ne s’en remet pas : ses habitants la fuient, elle et ses façades creusées dans la roche tombent ensuite lentement dans l’oubli, attendant patiemment le moment — la bagatelle d’un millénaire et demi — d’attirer des tombereaux de touristes en Jordanie. 

Le 19 mai 1925, tremblez, naissaient Pol Pot et Malcom X.




vendredi 18 mai 2018

Rêverie calendaire #254



Isaac à onze ans.







Satie naissait hier, un peu à la marge comme toujours, car le 18 mai, sans conteste, est profondément musical : à Stuttgart en 1616, naît Johann Jakob Froberger, claveciniste itinérant et misanthrope sur ses vieux jours (relativement, il meurt à cinquante ans), qui demande avec insistance, à l’orée de ses partitions, que l’on joue sa musique — pitié ! — avec lenteur et discrétion ; en 1909, à Cambo-les-Bains (Pays basque) et à quarante-huit ans, Isaac Albeniz succombe à une néphrite ; deux ans plus tard, à Vienne, un autre organe s’enflamme, plus rare que le rein, l’endocarde, dans la personne de Gustav Mahler, qui n’y survit pas : il a cinquante ans. Au moins, Satie ira jusqu’à soixante — cinquante-neuf, ne chipotons pas.




jeudi 17 mai 2018

Rêverie calendaire #253









Le 17 mai 1990, l’Organisation mondiale de la santé retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Elle est bien aimable. 

Cent trente-quatre ans plus tôt, Erik Satie naissait à Honfleur. D'aucuns prétendent qu'il était fou.



mercredi 16 mai 2018

Rêverie calendaire #252









Jim Henson n’a pas vingt ans, au milieu des années 50, lorsqu’il crée une première version de Kermit the Frog (qui tient davantage du lézard) pour une télé de Washington, tandis qu’un accident sur la route 66 fait perdre son œil gauche à Sammy Davis Jr, qui n’en a pas trente. Quatre ans plus tard, en 59, Jim épouse une marionnettiste ; Sammy, lui, rejoint le Rat Pack, et fait un carton. Parmi les cent vingt invités vedettes du Muppet Show (1976-1981), on ne compte pas le chanteur noir ; il faut attendre la mort de Davis et de Henson, le 16 mai 1990, pour que leurs noms partagent l’affiche, à l’embarras des éditorialistes, je ne vois pas le rapport non plus.

(À la limite, on pourrait évoquer le très singulier Dark Crystal (1982), chef-d’œuvre de l’artisan Henson, et sa sorcière haute en couleurs, Aughra, dont l’œil droit est amovible, mais ce serait désobligeant pour Sam.)






mardi 15 mai 2018

Rêverie calendaire #251










Le 15 mai 1886, lorsque meurt à Amherst Emily Dickinson — l’espoir, écrivait-elle, cette chose emplumée —, Lyman Frank Baum fête ses trente ans et la publication prochaine de son premier ouvrage, Le Livre des Hambourg, un bref traité sur l’accouplement et l’élevage d’une race de poule néerlandaise — sa passion du moment. Il n’aura l’idée du magicien d’Oz qu’en 1900.




lundi 14 mai 2018

Rêverie calendaire #250




Capture d'écran sur Google Maps.






Orgueil est une commune du Tarn-et-Garonne, près de Montauban, entre Corbarieu et Fronton, pour ceux qui connaissent. On y compte aujourd’hui environ mille cinq cents Orgueillois. En 2006, la mairie fit ériger à l’entrée du village (quand on vient de Labastide-Saint-Pierre), sur le rond-point entre le nouveau groupe scolaire et la salle des fêtes, un monument commémorant la chute, en un champ des environs, le 14 mai 1864, d’une météorite diamantifère de 14 kg, qu’on avait vue venir du nord de la France à l’Espagne — cent cinquante kilomètres de traînée lumineuse, à la vitesse typique de 20 km par seconde — et qui se trouve être le seul orgueil d’Orgueil, on l’avait vu venir également. (1% culturel peut en cacher un autre : une quarantaine d’années plus tôt, à l’occasion du centenaire, une autre entrée, côté Nohic, s’ornait déjà d’un monument, et d’ailleurs il y est toujours, près de la casse automobile.)



dimanche 13 mai 2018

Rêverie calendaire #249









Ainsi, la Sainte Vierge aurait pris la peine d’apparaître, le 13 mai 1917, à Fatima, pour annoncer la future tentative d’assassinat du pape Jean-Paul II, le 13 mai 1981, qu’elle-même, in extremis, aurait fait échouer, en gauchissant la trajectoire des balles d’un loup solitaire turc : c’était là son « Troisième Secret », c’est en tout cas la conclusion, en l’an 2000, de la congrégation pour la doctrine de la foi, dont la logique scénaristique moisie n’a rien à envier à Dan Brown, qui conjointement faisait paraître Anges et Démons. Si ça les amuse.






samedi 12 mai 2018

Rêverie calendaire #248









Jules Massenet a trois ans quand paraît Gabriel Fauré, on est vite dépassé, et en aurait eu cent quand naît Michel Fugain ; le progrès, le 12 mai, ne mène à rien. 

Néanmoins, en 1907, cependant qu'à Paris l'auteur de À rebours mourait au 31 de la rue Saint-Placide, Katharine Hepburn s'éveillait, là-bas, dans le Connecticut.



vendredi 11 mai 2018

Rêverie calendaire #247








L’échelle de Fujita distingue six classes de tornades, selon que leurs dégâts sont légers, modérés, importants, considérables, dévastateurs ou incroyables ; il existe une septième catégorie, théorique, dont les dégâts sont incommensurables, autant parler du Jugement dernier. 

Deux incroyables tornades ont ainsi laminé le Texas, un 11 mai, à dix-sept ans d’intervalle : en 1953, à Waco (ce jour-là, le physicien quantique Richard Feynman a trente-cinq ans ; il se trouve, sans le savoir, au milieu de sa vie, et ne songe pas encore à ses dernières paroles — « Je détesterais mourir deux fois, c’est d'un tel ennui ») et en 1970, à Lubbock (le jour de la mort à New York de Johnny Cornelius Hodges, sacré dernier soupir pour un saxophoniste).



jeudi 10 mai 2018

Toutes les pierres (ter)




Un mois déjà que Toutes les pierres a paru, et pour fêter ça, pourrait-on croire, le fidèle Mathieu Lindon (c'est la troisième fois qu'il me fait cet honneur) lui consacrait ce week-end sa chronique dans Libération, et quelle chronique — j'ai bien de la chance d'avoir de tels lecteurs. 

Dans moins de deux semaines, en outre, j'aurai le plaisir de parler de mon livre avec Victor Pouchet (auteur d'un premier roman formidable, Pourquoi les oiseaux meurent, il y a un an déjà — décidément) et les curieux qui nous ferons l'amitié de nous rejoindre à la Maison de la Poésie, à Paris. D'où le "webflyer" ci-dessous. Vous savez tout.